Voguer, hier & aujourd’hui : immersion dans des refuges étincelants.

English below.

Par Amélie Blaustein Niddam.

Préambule.

Avant tout, avant même de vous raconter quand et comment sont nés le voguing et ses différentes familles, il faut comprendre que les « houses » sont des lieux de protection, il faut les voir comme des refuges. La mission d’un refuge n’est pas d’être ouvert à ceux et celles qui ne font pas partie de la communauté. C’est un lieu où, pour être en sécurité, il faut rester ensemble. C’est pourquoi, si vous n’êtes pas un membre d’une maison, d’une famille, il est difficile, voire impossible, d’y entrer comme simple visiteur. Cela, nous n’en avions pas conscience à ce point avant de commencer nos recherches pour cette « immersion dans le voguing ».

Notre angle de départ était pourtant clair : comment la danse contemporaine s’empare-t-elle de l’écriture du voguing ? Pour répondre à cette question, nous avons dû revenir aux origines de ce mouvement et voir ses circulations jusqu’en France. Cela nous a amené à emprunter   deux chemins parallèles qui se croisent peu :  celui des houses et celui des institutions. 

Roots.

La première question à se poser est : quand commence l’histoire du voguing ? Ariane Temkine, chargée d’études et de recherches à l’INHA,  nous explique : « Il est difficile de déterminer les débuts du mouvement. Il y a un problème d’archives. Comme dans toute culture dite parallèle, les sources sont rares. De façon générale, nous pouvons dater les débuts de la culture ball dans les années 1970. Nous sommes face à des structures définies comportant des houses. New York en est l’épicentre. Il serait faux de dire que tout vient de Harlem, c’est plus diffus. Effectivement, dans les années 1920, nous notons des traces et des prémices. »

Très vite viennent des noms. Le plus cité est celui de Crystal LaBeija, drag queen américaine qui a fondé The House of LaBeija en 1968. Elle est perçue comme celle qui a créé le système des houses dans la culture ball. Il faut ensuite attendre une dizaine d’années pour que l’histoire du voguing devienne plus populaire.

Si l’on regarde bien la façon dont le voguing est passé du privé au public, un nom revient en boucle, celui de Willi Ninja. C’est lui qui chorégraphie le clip de Madonna en 1990. Un an auparavant, il mène la danse pour la chanson Deep in Vogue de Malcolm McLaren. Et surtout, il est la star de Paris is burning sorti en 1991. Willy Ninja est mort de problèmes cardiaques liés au VIH en 2006. Il n’a jamais cessé de populariser le voguing, le sortant des « drag balls » qui se tenaient dans la communauté homosexuelle et noire des quartiers pauvres. 

Ariane Temkine ajoute : « Le film Paris is burning montre une culture à son apogée, et en tant que sources, il est passionnant. Il a inspiré les séries qui ont suivies, The Breakdown, Pose, qui, elles, ont parlé de la culture ball avec des passerelles hip-hop et disco. »

Il y a donc un nœud historique précis qui se forme autour de 1990. Le voguing est à la croisée des chemins. Il continue à se danser en famille, mais vient se mêler aux dance floors classiques. Le combat de Willi Ninja était assumé, il disait : « Je veux aller au-delà de Paris is Burning, et emmener le voguing à Paris, capitale de la mode, pour lui mettre le feu. »

À partir de la fin du XXe siècle, les grandes familles se dessinent :  le « old way » qui est un hommage direct aux mannequins photo, le « new way » qui se veut plus libre que son prédécesseur et le « vogue fem », le plus extravagant et le plus féminin. Ce dernier était au cœur des nuits parisiennes à la fin des années 2010, allant du Social Club à la « Flash Cocotte » où des ballrooms se sont instaurés grâce à de grands noms comme – nous y reviendrons – Lasseindra Ninja. La langue se stabilise, avec ses mots-clés : hands, catwalk, duckwalk, floor, spins/dips, et le plus important peut-être : attitude !

Une fois l’histoire racontée, il faut revenir à aujourd’hui et, encore une fois, partir des fondations. Nous avons donc tenté de comprendre comment fonctionnait une house.

« L’idée de communauté et de famille est une chose merveilleuse. » (Sakeema)

Sakeema est danseuse. Elle est la mère de la  Kiki House of Bodega qui se trouve à Londres. Nous l’avons jointe par téléphone et, lors d’une conversation généreuse, bienveillante et ouverte, elle nous a raconté le chemin qui l’a menée jusqu’à sa maison, sa famille.

Elle l’a rejointe à l’invitation du père de cette house, Taboo. En soi, cela n’est pas si connu. En effet, une house peut avoir une ou deux mères, un père, ou deux, ou pas. C’est très libre. Elle nous raconte que sa danse ne se limite pas au voguing : « Je danse dans beaucoup d’endroits. » 

Elle nous raconte avec beaucoup de simplicité et d’honnêteté qu’elle a accepté cette invitation à devenir Mother après une longue réflexion. Elle insiste sur le fait que « l’idée de communauté et de famille est une chose merveilleuse », qu’elle n’était pas « dans une urgence à rejoindre une maison ». 

Elle s’est demandé si elle était « assez adulte pour guider des enfants ». Une fois la réponse trouvée, elle a donc accepté cette lourde charge et affirme : « Je suis une mère, c’est une grande responsabilité, mais je sais où mettre mon énergie, et comment prendre soin de mes enfants. Cela est très concret, comme dans une « vraie » famille. Il est question de logement, de soin… »

Cette house n’est pas fermée au dialogue, car sa volonté est de s’étendre et « d’accueillir d’autres enfants. »

Ailleurs en Europe, la chorégraphe allemande Rafaele Giovanola a, elle, avancé à petits pas pour approcher le monde des houses, cette fois en Suisse. Sa relation avec le voguing était, jusqu’en 2019, lointaine. Elle avait bien évidemment vu Paris is Burning mais n’avait jamais approché cette danse de façon « physique ». En 2019, à l’occasion d’un atelier pour adolescents à Berlin, elle expérimente un catwalk, ce lieu qui « permet aux participant.e.s de présenter et partager leurs identités ». Rafaele ajoute que c’est un « lieu où ils et elles peuvent être eux-même sans avoir peur ». Elle dit également : « J’avais vu des ateliers de voguing, mais pourquoi on s’installe dans une nouvelle maison, pourquoi on choisit une nouvelle maman, c’est autre chose. » Elle décide d’aller plus loin. Avec sa compagnie, Cocoon, elle propose régulièrement des « RUNthrough ». L’idée est simple : « aller à la rencontre de ». Cela a pu être un groupe de Hora à Zurich par exemple. 

Elle raconte comment elle a pu entrer, en 2022, dans l’« Iconic Kiki House of Juicy Couture » de Genève : « Le voguing devient une mode, il faudrait, pour des questions de marketing, avoir des gens queer dans les spectacles, et les membres des houses ne sont pas comme ça. Par exemple, il est interdit de partager la vie de la house, on ne peut pas en trouver des images. Cette house s’exprime pour affirmer une voix, en aucun cas pour du showbiz. C’est sérieux. Il y a des règles dans les houses, par exemple, dans celle-ci tout le monde est « elle », et elles se battent pour leurs droits. En septembre, à Munster, un jeune homme trans de 25 ans est mort après avoir été agressé lors de la Marche des Fiertés, et cela se passe tout le temps. c’est insupportable ! On a pu rentrer dans cette house grâce à un intermédiaire au festival Antigel, c’est difficile d’entrer, et c’est normal, car elles sont, pour beaucoup, profondément blessées. Pour les plus jeunes, c’est différent, c’est moins dur, cela peut signifier que dans l’avenir cela sera plus facile. »

Le travail avec la house a duré une semaine, comme à chaque fois que Cocoon fait un RUNthrough.

« La compagnie est toujours en minorité. Le groupe que l’on rencontre doit être plus fort que nous. Le processus est toujours le même, on s’échange des tâches. Elles nous donnaient des tâches qu’elles utilisaient pour bouger, et nous, on leur en donnait d’autres issues de notre glossaire, de notre façon de faire pour leur montrer. Par exemple, « notre » marche et « leur » marche ne voulaient pas dire la même chose. À la fin de la semaine, il y a eu un show en public et un DJ. Cela a été présenté au festival Antigel. » Rafaele ajoute : « Le vogue, c’est être celles qu’elles veulent pour leur visibilité. Elles veulent se montrer quand elles le décident. Elles ne veulent pas que des danseurs et danseuses contemporains s’approprient leurs gestes. Elles veulent le contrôle de ce qui est partagé ou non, elles ne veulent pas être copiées. Et il faut le respecter. »

Même si les houses sont fermées par des portes souvent blindées, les mouvements circulent par capillarité. Et doucement, progressivement, nous avons réalisé que depuis quelques années, sur les scènes conventionnelles, se trouvaient des interactions entre les deux mondes, celui des houses, et celui des scènes.

Institutions.

Nous avons demandé au journaliste et auteur Philippe Noisette (Danse contemporaine, dernière ed. 2019) de nous éclairer sur le moment où le vogue est entré dans les écritures de chorégraphes présentés en France. Il nous dit : « Le voguing a commencé à intéresser les gens de la danse contemporaine, d’abord les Américains. Je me souviens de Queen of Marys qui est venu à Suresnes en 1994. » La pièce était de Doug Elkins et Willi Ninja, icône de Paris is Burning où il tenait le rôle-titre. Il cite également Karole Armitage et sa pièce Rave (2006) «  créée pour le Ballet de Lorraine avec des influences très voguing. Puis on voit arriver le voguing plus récemment dans la danse française, car la culture ball est très reliée à la culture américaine, nous n’avions pas cela en France. »

Et justement, récemment nous retrouvons Lasseindra Ninja. En 2019, (LA)HORDE l’invite à écrire Mood, une pièce pour le Ballet national de Marseille. Et cela n’est pas un hasard. Sur le fond, déjà, le collectif a, dès son arrivée, voulu ouvrir la danse sur le fond et la forme. Le ballet sera plus inclusif, plus diversifié. Et cette invitation prend ses racines au début des années 2000. Arthur Harel nous raconte : « J’étais à l’école avec elle. Nous nous sommes rencontrés à l’institut de formation Rick Odums et, plus tard, nous avons suivi des cours au CND. Je l’ai vue arriver avec sa pratique de voguing dans une institution, et cela posait problème en matière de représentation et de fluidité de genre, ces questions ne se posaient pas encore. Il y a eu des tensions autour d’elle et de sa danse, c’est pourquoi très vite elle a développé sa house, House of Ninja, à Paris aux côtés de Nikki Mizrahi. » 

Ce qui est passionnant avec le cas Lasseindra, c’est qu’elle n’a jamais choisi entre les mondes. Elle est danseuse de formation classique, contemporaine et jazz. Et également danseuse de vogue.

Quand (LA)HORDE se constitue, elle fréquente « les scènes ballroom ouvertes au grand public ». C’est important à souligner. Si les houses sont des espaces en non-mixité, il existe également des lieux ouverts. C’est par exemple ce qui a eu lieu au Palais de Tokyo en début de saison, lors du workshop de voguing au festival « Alliance des Corps », une carte blanche à Marinella Senatore.

Mood n’est pas un spectacle de voguing, même si l’univers ballroom s’y retrouve. (LA)HORDE a invité une chorégraphe, une danseuse en tant qu’artiste et non pas en tant que Mother.

En 2021, Frédéric Nauczyciel rassemble, dans Singulis et Simul, un casting de dingue autour de lui : Diva Ivy Balenciaga, Dale Blackheart, Blaise Cardon-Mienville, Matyouz Ladurée, Kory BlackSjuan, Marquis Revlon, Vinii Revlon, Riya Stacks et Alexandre Paulikevitch (danseur de Baladi), tous/toutes, dans des costumes bien extravagants, ont déroulé les fondamentaux du voguing cités plus haut, les iconiques hands, catwalk, duckwalk, floor, spins/dips, attitude. La pièce pourrait être un ball, mais ce n’est pas son objectif. Cela, c’est très voguing d’ailleurs. Est-ce que Frédéric Nauczyciel a cherché à faire du faux (un spectacle) avec du vrai (des danseurs/danseuses) ? Non, c’était une étude de style réjouissante sur la façon dont la musique baroque pouvait se frotter à l’écriture ball. Une tentative de faire se rencontrer les mondes et les époques.

En 2006, Judith Butler définit les danseuses de voguing dans Trouble dans le genre : « En tant qu’imitations déstabilisant en effet la signification de l’original, elles imitent le mythe même de l’originalité. » Et c’est sans aucun doute (M)imosa, sous titrée « Twenty Looks or Paris is Burning at The Judson Church (M) » qui est la pièce « institutionnelle » la plus voguing qui soit, car elle ne fait que croiser, décroiser, tourner et retourner les sens. D’abord, le plateau est fou, il rassemble un quatuor hypra talentueux, pas encore très repéré à ce moment de l’histoire de la danse. Nous sommes en 2011, Cecilia Bengolea, Trajal Harrell, François Chaignaud et Marlene Monteiro Freitas, sont parfois seuls, parfois ensemble, et renversent tous les symboles : corps, voix, féminité, masculinité. François Chaignaud nous glisse : « Mimosa venait davantage poser des questions et se faire questionner par la rencontre avec cette culture (ndlr : le voguing et son histoire). » (M)imosa plus qu’aucune autre pièce, imite donc en déstabilisant notre regard.  Et pour déstabiliser, il faut frapper fort. 

Les quatre sont prêts/prêtes à tout pour être, pour faire. Elles/Ils sont le show dans un mix fait d’impros, de prises de risques sans filets, de moments de cabaret pur. On y croise des stars ce soir-là. Prince, Kate Bush… Tout New-York, tout Limoges et tout le Portugal est à Pantin, ramené sous les semelles des talons rouges englobés dans la combinaison beige totale de Cecilia Bengolea, qui la transforme, bestiole, en Sylphide blanche au tempo hip-hop crade. Il y a le désespoir des travelos. Marlene Monteiro Freitas ne s’y trompe pas en nous offrant un solo où elle s’enlaidit, joue les bêtes de scène et semble hurler : « Regardez-moi ! » Les descentes d’escaliers de François Chaignaud sont divines. Longue robe, fourrure, ongles faits et bijoux partout. Il y a ici des créatures et des apparitions, un concentré de liberté qui ne peut avoir lieu qu’entre ceux qui s’autorisent. (M)imosa est une seule entité, Mimosa Ferreira, drag queen aussi décadente qu’attachante, bien plus vraie avec que sans maquillage.

So, so…

Les houses sont fermées et doivent le rester, ce sont des temples qui soignent leurs fidèles. Cela n’empêche pas le monde de s’ouvrir à d’autres identités, d’autres corporalités. Depuis que le concours RuPaul’s Drag Race existe, chaque saison, dans chaque pays où se déroule l’émission, il y a un ball, et à chaque lipsync, les filles dansent voguing, en dehors donc du cadre de la maison. Ainsi, et il faut l’accepter, comme chaque tendance, elle vient dévoyer l’origine. Cela marche avec tout. Prenez le punk, il ne suffit pas de mettre un collier à clous et de se teindre les cheveux en vert pour être « no future ». De même, ce n’est pas parce qu’un chorégraphe ou des drags apportent du voguing dans des boîtes de nuit que le lieu, le théâtre ou le club se transforment en house. Cela n’empêche pas les houses de rester des lieux de protection. La diffusion de cette danse d’opprimé.es permet de multiplier le regard sur les déclassés. Il nous semble donc qu’une cohabitation est possible, entre lieux fermés et entrée fracassante du vogueur, chanteur et performeur Kiddy Smile dans Drag Race France sur… France TV !

La danse, prise en tant qu’objet global, est une éponge. C’est le principe même d’un dance floor où un mouvement est plus contagieux qu’un rhume en hiver. Le fait que des gestes emblématiques du voguing se retrouvent portés par exemple par un corps de ballet est, nous l’avons vu, le fruit de nombreuses ramifications. Ce qui apparaît au bout du compte, c’est qu’il faut voir le voguing comme une philosophie, plus qu’une tendance.

Nous pouvons clore cette enquête avec les mots de la chercheuse Anne Tempkine : « Le voguing est un champ de la danse qui n’a pas été transmis, cela est un beau sujet pour les universitaires. » À bon entendeurs, et bonnes entendeuses… !

Voguing, Yesterday & Today: Refuge in Joy.

Preamble.

Above all, even before we get to when and how voguing and its various offshoots came about, you need to know that the ‘houses’ are places of protection, you need to see them as refuges. The purpose of a refuge isn’t to be open to those outside the community. It’s a place where, to be safe, people have to stick together. That’s why, if you’re not a member of a house or family, it’s difficult, if not impossible, to gain access as a mere visitor. We hadn’t fully appreciated that before embarking on our research for this ‘immersion into voguing’.

But our starting point was clear: how has voguing influenced contemporary dance? To answer that question, we had to go back to the movement’s origins and trace its journey to France. That took us down two parallel paths that seldom overlap: the houses and institutions.

Roots.

The first question to ask is: when did the history of voguing begin? INHA researcher Ariane Temkine explains: « It’s hard to pinpoint the movement’s beginnings. There’s an archiving issue. As in any so-called parallel culture, the sources are rare. In general, we can date the emergence of ball culture to the 1970s. We’re talking about defined structures that include houses. New York was the epicentre. It would be wrong to say that everything came from Harlem, it’s more scattered. There were even early traces and signs in the 1920s. »

Very quickly come names. The most cited is Crystal LaBeija, the American drag queen who founded The House of LaBeija in 1968. She’s credited with creating the house system in ball culture. It would take another decade in voguing’s history for it to become popular.

If we look at how voguing shifted from the private to the public, one name goes round on a loop: Willi Ninja. He choreographed Madonna’s video in 1990. The year before, he was lead dancer for the Malcolm McLaren song Deep in Vogue. And, more importantly, he was the star of Paris is Burning, released in 1991. Willy Ninja died of AIDS-related heart failure in 2006. He had never stopped popularizing voguing, taking it out of the ‘drag balls’ held in the deprived gay and black community.

Ariane Temkine adds: « The film Paris is Burning shows a culture at its peak and it’s a fascinating source. It inspired the series that came next, The Breakdown, Pose, which talked about ball culture with hip-hop and disco links. »

There was, therefore, an historic milestone around 1990. Voguing was at the crossroads of several paths. It was still danced by families but moving onto standard dancefloors. Willi Ninja’s mission was clear, he said: « I want to go further than Paris is Burning and take voguing to Paris, the capital of fashion, to set it alight. »

From the late twentieth century, major families emerged: the ‘old way’, a direct homage to photo models, the ‘new way’, which claims to be freer than its predecessor, and ‘vogue fem’, the most extravagant and feminine. The latter was central to Paris nights in the late 2010s, going from the Social Club to the ‘Flash Cocotte’, where ballrooms were launched thanks to big names such as — here she is again — Lasseindra Ninja. The language stabilized with its keywords: hands, catwalk, duckwalk, floor, spins/dips and perhaps the most important: attitude!

Now the story has been told, we need to get back to today and, once again, start from the foundations. And so we tried to understand how a house is built.

« The idea of community and family is a wonderful thing. » (Sakeema)

Sakeema is a dancer. She’s the mother of the Kiki House of Bodega in London. We spoke to her by phone and, during a generous, warm and open conversation, she told us about the path that led her to her house, her family.

She joined it at the invitation of the house’s father, Taboo. In itself, that’s not that unusual: a house can have one or two mothers, a father or two or none at all. It’s very free. She told us that her dance isn’t limited to voguing: « I dance in lots of places. »

She readily admits that she accepted his invitation to become a mother after much thought. She emphasizes that « the idea of community and family is a wonderful thing » and that she wasn’t « in any rush to join a house. »

She wondered if she was « grown up enough to guide children. » Once she had the answer, she accepted the burden and declared: « I’m a mother, it’s a big responsibility, but I know where to focus my energy and how to look after my children. It’s very practical, like in a ‘real’ family. It means dealing with housing, healthcare… »

Her house isn’t closed to dialogue as its ambition is to expand and « welcome other children. »

Elsewhere in Europe, German choreographer Rafaele Giovanola was taking small steps towards the house scene, this time in Switzerland. Her relationship with voguing was, until 2019, distant. She had obviously seen Paris is Burning but had never ‘physically’ approached the dance. In 2019, at a teen workshop in Berlin, she trialled a catwalk, a place that « allows participants to present and share their identities. » Rafaele added that it’s a « place where they can be themselves without fear. » She also said: « I had seen voguing workshops, but why people move into a new house, why people choose a new mother, that’s something else. » She decided to go further. With her company Cocoon, she regularly hosts ‘RUNthrough’. The idea is simple: ‘going out to meet.’ That could have been a Hora group in Zurich, for example.

She tells how she was able to join Geneva’s Iconic Kiki House of Juicy Couture in 2022: « Voguing became a fashion, it was necessary, for marketing reasons, to have queer people in the shows, and house members aren’t like that. For example, sharing the life of the house isn’t allowed, there are no images. This house is here to provide a voice and never for showbiz. It’s serious. There are rules in the houses, in this one for instance everyone is ‘she’ and they fight for their rights. In Munster last September, a young trans man of 25 died after being attacked at the Pride March and that happens all the time. it’s awful! We were able to join this house thanks to a middleman at the Antigel Festival, it’s hard to get a foot in the door, and that’s normal because lots of us have been badly scarred. It’s different for younger people, it’s less hard, which might mean that it will be easier in the future. »

The work with the house lasted a week, like every time that Cocoon does a ‘RUNthrough’.

« The company is always in the minority. The group we meet has to be stronger than us. The process is always the same, we swop jobs. They give us jobs that they used to get ahead and we give them other ones from our vocabulary, our way of doing things to show them. For example, ‘our’ march and ‘their’ march didn’t mean the same thing. At the end of the week, there was a public show and DJ. That was presented at the Antigel Festival. » Rafaele adds: « Voguing is about showing people who you want to be. They want to show themselves when they decide. They don’t want contemporary dancers to borrow their moves. They want control over what’s shared or not, they don’t want to be copied. And that should be respected. »

Although the houses are often closed with armoured doors, the movements spread without restriction. And slowly but surely, we have started to see on standard stages interactions between the two worlds: houses and stages.

Institutions.

We asked journalist and author Philippe Noisette (Danse contemporaine, latest ed. 2019) to enlighten us on the moment when voguing entered the choreographies presented in France. He told us: « Voguing started to interest contemporary dance figures, the Americans first. I remember Queen of Marys, who went to Suresnes in 1994. » The performance was by Doug Elkins and Willi Ninja, the icon of Paris is Burning, who played the title role. He also cites Karole Armitage and her production Rave (2006) « created for Lorraine Ballet with strong voguing influences. Then we saw voguing reach French dance more recently as ball culture is very connected to American culture, we didn’t have that in France. »

And so we come back to Lasseindra Ninja. In 2019, (LA)HORDE asked her to write Mood, a piece for Marseille National Ballet. And that wasn’t by chance. From its launch, the collective had wanted to open up dance in style and substance. Ballet was to be more inclusive, more diverse. And that invitation has its roots in the early 2000s. Arthur Harel told us: « I was at school with her. We met at the Rick Odums dance school and we later took classes at the CND (Conservatoire National de Danse). I saw her bring her voguing to an institution, and that caused a problem in terms of gender representation and fluidity, these questions weren’t being asked yet. There were tensions around her and her dance, that’s why very quickly she developed her house, House of Ninja, in Paris alongside Nikki Mizrahi. »

What’s fascinating about Lasseindra is that she has never chosen between the worlds. She’s a classically trained, contemporary and jazz dancer. And also a vogue dancer.

When (LA)HORDE was formed, she frequented « the ballrooms open to the general public. » That’s important to stress. Although the houses aren’t spaces for mixing, there are some openings. One came to the Palais de Tokyo at the start of the season, for example, during the voguing workshop at the Alliance des Corps Festival, which gave carte blanche to Marinella Senatore.

Mood isn’t a voguing show, although the ballroom world is present in it. (LA)HORDE has invited a choreographer and dancer as an artist, not a mother.

In 2021, Frédéric Nauczyciel gathered a crazy cast around him for Singulis et Simul: Diva Ivy Balenciaga, Dale Blackheart, Blaise Cardon-Mienville, Matyouz Ladurée, Kory BlackSjuan, Marquis Revlon, Vinii Revlon, Riya Stacks and Alexandre Paulikevitch (Baladi dancer), all in very extravagant costumes performing the aforementioned essentials of voguing, the iconic hands, catwalk, duckwalk, floor, spins/dips, attitude. The piece could be a ball, but that’s not its aim. That’s very voguing by the way. Did Frédéric Nauczyciel try to make something false (a spectacle) out of the real (dancers)? No, it was a wonderful exploration of how baroque music can share the space with ball choreography. An attempt to bring worlds and eras together.

In 2006, Judith Butler defined voguing dancers in Gender Trouble: « As imitations which effectively displace the meaning of the original, they imitate the myth of originality itself. » And it’s no doubt (M)imosa, subtitled ‘Twenty Looks or Paris is Burning at The Judson Church (M)’, that’s the ‘ultimate’ production, as voguing as they come, constructing, deconstructing, writing and rewriting the narrative. First, the staging was insane for the hugely talented quartet, not yet firmly established at this point in the dance’s history. We’re in 2011, Cecilia Bengolea, Trajal Harrell, François Chaignaud and Marlene Monteiro Freitas were sometimes alone, sometimes together, and upending all symbols: bodies, voices, femininity, masculinity. François Chaignaud reveals: « (M)imosa came more to ask questions and be questioned by the meeting with this culture (editor’s note: voguing and its history). » (M)imosa more than any other piece imitates by destabilizing what we think we know. And to destabilize, you have to hit hard.

The four were prepared to be and do anything. They were the show in a mix of improvisations, risk taking without nets, moments of pure cabaret. It attracted stars that night. Prince, Kate Bush… all of New York, Limoges and Portugal was in Pantin, brought to the feet of the red heels and beige jumpsuit of Cecilia Bengolea, who transformed, mystically, into a squeaky-clean Sylphide with a dirty hip-hop beat. There was the despair of the trannies. Marlene Monteiro Freitas was true to herself by offering us a solo where she made herself ugly, became a stage animal and seemed to scream: ‘Look at me!’ François Chaignaud’s descents down the stairs were divine. Long dress, fur, painted nails and jewellery everywhere. Here were creatures and apparitions, concentrated freedom that’s only possible between those who give themselves permission. (M)imosa is a single entity, Mimosa Ferreira, a decadent but endearing drag queen, much more real with makeup than without.

So, so…

The houses are closed and must stay that way: they’re temples that look after their faithful. That doesn’t stop the world opening up to other identities and body types. Since the competition RuPaul’s Drag Race launched, every season, in every country where the programme is broadcast, there’s a ball and, with every lip sync, the girls vogue outside the house structure. We have to accept that like every trend, it distorts the origin. That happens with everything. Take punk: it’s not enough to wear a spiked collar and dye your hair green to be ‘no future’. Similarly, it’s not because a choreographer or drags take voguing into nightclubs that the venue, theatre or club is transformed into a house. That doesn’t stop the houses being places of protection. The spread of this dance of the oppressed shines a spotlight on the marginalized. We think that cohabitation is possible, between closed spaces and the sensational entrance of voguer, singer and performer Kiddy Smile in Drag Race France on… France TV!

Dance, taken as a whole, is a sponge. That’s the very principle of a dancefloor, where movement is more infectious than a winter cold. The fact that the legendary moves of voguing are being performed by a corps de ballet, for example, is, we have seen, the result of numerous offshoots. All things considered, it seems that voguing should be seen as a philosophy more than a trend.We can end this investigation with the words of researcher Anne Tempkine: « Voguing is a field of dance that hasn’t been explored, it’s a good subject for academics. » Over to you!

Quelques pistes choisies pour aller plus loin :

Documentaires :

Paris is Burning, Livingston, 1990. 

How Do I Look, Wolfgang Busch, 2006. Documentaire « communautaire » pour réparer les « torts » causés par le documentaire de Livingston.

Proletarian French Voguers, documentaire de Vice, sur la naissance de la scène voguing à Paris, autour de Lasseindra Ninja.

Deep in vogue, Dennis Keighron-Foster, Amy Watson, 2019

Ouvrages et articles critiques :

Janoé Vulbeau, « Le voguing : une esthétique intersectionnelle », sur le blog http://www.haspire.org/ (à paraître)

Paul Brocart (ENS Lyon), Ariane Temkine (ENS Ulm, Paris-III) : « Le voguing, autour de Paris is Burning », Contribution à la journée d’études « Danse avec les genres » organisée par le laboratoire junior GenERe de l’ENS de Lyon le 19/09/14, en écho à la biennale de la danse.

T. Bressin, Jérémy Patinier, Strike a pose, histoire(s) du voguing.

Bell hooks, « Is Paris Burning », Race and Representation, 92

Judith Butler, Trouble dans le genre, 1990

Philippe Noisette, Danse Contemporaine, der ed 2019

Scènes :

(M)imosa, Twenty Looks or Paris is Burning at the Judson Church, Trajal Harrell, Marlène Monteiro Freitas, François Chaignaud, Cécilia Bengolea. https://www.numeridanse.tv/videotheque-danse/mimosa

Frédéric Nauzyciel , Singulis et Sinul 

Séries :

Ryan Murphy, Pose

Visuel © Catherine McGann.